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Depuis la défaite à Bordeaux, dimanche soir, tout a été dit sur la période délicate que traverse l’OL. Il n’était donc pas la peine d’en rajouter. De notre côté, nous avons plutôt décidé de vous parler du derby. Ce sera le 100e, samedi, à Gerland. Mais dans le contexte du moment, l’événement passe un peu au second plan. Et c’est bien dommage.
Ce n’est pas Sébastien Vuagnat qui dira le contraire. En 2004, avec son confrère journaliste Cyril Collot, il a signé un ouvrage référence, Le Derby - OL-Asse : histoire d’une rivalité. Présentant deux couvertures, chacune aux couleurs d’un des deux clubs, le livre a été réactualisé depuis et se trouve toujours en vente.
Sébastien Vuagnat était donc bien placé pour nous parler de ce match si particulier, qui, en 99 éditions, a toujours regorgé de petites histoires marrantes, poignantes, violentes, mais toujours fascinantes. Il nous en parle avec une passion jamais démentie. Quant à savoir pour qui son cœur penche, le journaliste a tout fait pour nous le cacher. Avant de se laisser aller en fin d’interview… Allez, Sébastien, raconte-nous !
> Que représente ce 100e derby pour vous ?
C’est marrant, parce que c’est un peu grâce à nous, je pense, qu’on arrive à ce chiffre de 100 derbies. Avant qu’on ne sorte le livre en 2004, personne n’était vraiment d’accord sur le nombre exact de derbies disputés. L’Equipe annonçait un chiffre, des sites Internet un autre. Nous, dès 2002, avons recensés tous les matchs, depuis le premier en 1951, et dans toutes les compétitions, Championnat, Coupe de France. Il y a même eu un derby à Annecy. On a retrouvé tous les scores, les contextes, les petites histoires, les grands joueurs des deux équipes… A l’époque du livre, le 100e derby nous paraissait loin. Depuis, tout le monde a repris notre décompte et, aujourd’hui, tout le monde est d’accord pour dire qu’il s’agit bien du 100e.
> Pourquoi vous être intéressés à ce match là ?
Nous sommes tous deux de grands passionnés de foot et sommes fascinés par ce match là. On a une trentaine d’années chacun et le derby a bercé toute notre jeunesse. Quand on a commencé à aller voir des matchs dans les années 80, aucune des deux équipes ne jouait la Coupe d’Europe. Dans les années 90, c’était à peine mieux. Du coup, le derby représentait vraiment le match de la saison, du côté de Lyon, comme du côté de Saint-Etienne.
> Si vous ne deviez retenir qu’un seul derby, ce serait lequel ?
Pfff… C’est vraiment difficile de n’en retenir qu’un. Il y a eu tellement de situations… On pourrait citer le derby de 1969. C’était l’époque où Saint-Etienne raflait tout. Avant le match, ils avaient joué, trois jours plus tôt, en Coupe d’Europe, face à Munich. Ils avaient fait un match extraordinaire (3-0) et tout le monde pensait qu’ils seraient fatigués, le samedi contre l’OL. Les Lyonnais avaient commencé à chambrer. A l’arrivée, Sainté a gagné 7-1 ! Et ils en avaient mis 6 au match retour. Les Verts étaient vraiment au-dessus à ce moment-là. Depuis, ça s’est vraiment inversé et si l’on devait citer un derby sur ces dernières années, ce serait celui de 2004, quand l’OL a réussi à l’emporter 3-2 alors que les Verts menaient 2-1 jusqu’à 5 minutes de la fin.
"En 67, les supporters lyonnais avaient balancé des carottes à Geoffroy-Guichard !"
> Et si vous deviez choisir une anecdote ?
Là encore, il y en a beaucoup. L’une rigolote, c’est à la fin des années 60 (1967 exactement), le fameux match à Annecy en Coupe de France. Lyon avait gagné 2-0, mais en jouant la défense à fond. A la fin du match, devant les journalistes, Jean Snella, l’entraineur historique des Verts, avaient alors dit que Lyon avait « joué la carotte ». Un mois plus tard, les deux équipes se retrouvaient en championnat, à Geoffroy-Guichard. Les supporters lyonnais - les supporters de l’Ours Blanc comme on disait, car avant chaque déplacement ils se réunissaient dans un bar qui s’appelait l’Ours Blanc - étaient alors venus avec des sacs remplis de carottes et ils les ont balancées sur le terrain au moment de l’entrée des joueurs ! Larqué s’en rappelle, tout le monde s’en rappelle. Bereta en avait même mangé une en regardant les supporters lyonnais. C’était vraiment sympa.
> En quoi le derby est-il un match à part ?
C’est vraiment un match à part, parce que quel que soit le classement de l’une ou l’autre équipe, et il y a souvent eu de grosses différences, il y a toujours une excitation particulière. L’OL, par exemple, vient de jouer une demi-finale de Ligue des Champions, mais là ils savent qu’il faut absolument faire tomber Saint-Etienne, qui est leader qui plus est, samedi soir. Même si Lyon continue à jouer la Ligue des Champions, que Saint-Etienne la joue à l’avenir, il y aura toujours une odeur spéciale autour de ce match et c’est comme ça dans toutes les villes où il y existe un derby.
> Peut-on dire qu’il s’agit du plus gros derby de France ?
Oui, en France, on peut même dire qu’il y a un seul vrai derby. Ce qui fait un derby, c’est la rivalité, la permanence, l’histoire, la qualité des matchs. Avec Lyon et Saint-Etienne, nous avons deux grosses villes, avec deux grands stades, de nombreux supporters, mais surtout une vraie différence entre les deux camps. Les villes, les stades, les supporters ne se ressemblent pas. Les supporters de Lens-Lille, par exemple, quel que soit le vainqueur ou le perdant, ils restent Ch’tis avant tout. Entre Monaco et Nice, il y a des différences, mais Monaco n’a pas suffisamment de supporters pour que l’on parle de rivalité. Lyon - Saint-Etienne, c’est au-dessus de tout. Et, surtout, il ne s’agit pas d’un classique préfabriqué comme peut l’être OM-PSG.
"Personne n'irait tuer son collègue parce qu'il supporte l'équipe adverse"
> On a quand même le sentiment qu’il n’y avait pas autant de rivalité lors des premiers derbies…
Oui, mais c’est l’époque qui veut ça, c’était davantage bon enfant avant. Et encore aujourd’hui, on a tous des potes dans l’autre camp. C’est d’ailleurs la base, le sel de ce derby, qui que l’on soit, quoi que l’on fasse dans la vie, on connait forcément des supporters adverses. Après, ça s’est raidi dans les années 80 avec la naissance du mouvement ultra. Il y a eu les Bad Gones à Lyon, les Magic Fans à Sainté. Ça s’est radicalisé. Plus tard, on a vu des banderoles un peu virulentes, la fameuse sur les Stéphanois qui crevaient dans les mines (2000) (1) ou les affiches avec des têtes d’animaux surplombées des noms des joueurs lyonnais (2007) (2). C’est l’une des dérives du sport de haut-niveau. Mais l’animosité reste quand même moyenne. Personne n’irait tuer son collègue parce qu’il supporte l’équipe adverse.
> Il y a tout de même eu des derbies assez violents…
Oui, principalement dans les années 90. Je me souviens d’un derby assez chaud, en 92. Les CRS avaient dû intervenir (3). Et puis, il y a souvent eu des fumigènes, des gaz lacrymogènes et donc des banderoles. Mais, ça ne va jamais très loin, on en reste aux mots, même si c’est souvent chaud pour les joueurs qui ont joué dans l’autre camp. Je me souviens par exemple qu’une année, les Stéphanois avaient brandi un faux pendu à l’effigie de Coupet.
> Et sur le terrain, cela reste le match à ne pas perdre…
Oui, mais plus au niveau des supporters. Parce que, comme je le disais, on a tous un Stéphanois ou un Lyonnais dans notre entourage et quand on perd, on se fait chambrer pendant toute une semaine. C’est toujours un peu relou de perdre contre son meilleur « ami/ennemi ».
"La première date que l'on regarde dans le calendrier, c'est celle du derby"
> Pour les joueurs, en revanche, cela ne signifie plus grand-chose…
Pour les joueurs, c’est un match comme les autres. Ils savent que c’est le derby, ça doit quand même les motiver un peu. Mais, ils ne sont pas immergés dans cette tradition, personne ne peut leur en vouloir. C’est comme si, nous, on arrivait au Brésil et qu’on jouait un derby de Rio, ça ne signifie rien pour nous. Après, il y a Janot ou Juninho, effectivement, qui étaient toujours très motivés, mais eux ont passé des années dans leur club. Il reste aussi quelques joueurs du crû. Un Loïc Perrin, à Sainté, pourra trouver les mots pour motiver ses troupes. De même, tous les joueurs lyonnais le disent, dès qu’ils arrivent à Lyon, Bernard Lacombe leur parle du derby. Mais, ils ne peuvent pas être vraiment touchés. Par contre, pour les dirigeants, c’est toujours un match hyper particulier. Ils portent les valeurs de leur club à bout de bras. Aulas ou Romeyer ne supporteraient pas de perdre samedi.
> Une chose est sûre, un derby, ça fait toujours parler…
Pendant longtemps, à Lyon comme à Saint-Etienne, c’était d’abord le derby. La première date que l’on regardait dans le calendrier, c’était celle du derby. Les gens le disent moins maintenant, mais c’est toujours pareil. Si vous demandez aux Stéphanois s’ils préfèrent terminer 6e en perdant les deux derbies ou 8e en gagnant les deux, leur choix sera vite fait. Il n’y a qu’à voir en ce moment, ils ne parlent que de ça à Sainté, les supporters sont « ouf ». Ils veulent enfoncer Lyon. Moi, je trouverai ça sympa qu’ils gagnent le 100e, historiquement ce serait chouette. Bon, pour l’OL, ce serait une catastrophe, d’autant que les Verts restent quand même devant au classement des victoires (4).
> Venons-en, justement, au derby de samedi, le 100e donc. Vous le voyez comment ?
Le contexte est particulier, mais je ne pense pas qu’il faille en faire des tonnes sur le classement actuel des deux équipes. Nous n’en sommes qu’à la 7e journée, ce n’est pas la vérité d’une saison. Lyon reste quand même au-dessus. Mais, c’est vrai que l’on a, d’un côté, une équipe forte qui doute et, de l’autre, une équipe moins forte qui reste sur une dynamique assez exceptionnelle. Cependant, il suffit qu’ils perdent pour que la dynamique se brise. Quant à Lyon, ce serait vraiment la gueule de bois en cas de défaite. Ça fait 16 ans qu’ils n’ont pas perdu un derby. Puel pourrait avoir du souci à se faire. Ce n’est pas une défaite dans le derby qui ferait remonter sa cote…
"Sainté qui arrive en leader à Gerland, c'est top comme situation !"
> Un pronostic ?
Disons 2-1 pour Lyon, mais une victoire difficile. On dit que Sainté est le favori cette année, mais je n’en suis pas persuadé. Le match aurait eu lieu à Geoffroy-Guichard, peut-être. Il y a un peu plus de ferveur qu’à Lyon là-bas. En tout cas, je ne m’imagine pas un super match. Je pense que ce sera assez serré.
> Et dans les tribunes ?
J’avoue que je ne me suis pas posé la question. Ça risque d’être un peu chaud si Sainté marque ou, pire, s’ils gagnent. Les Stéphanois, eux, pourraient chambrer. Mais, pas trop. Ils savent que le classement actuel est fragile. Je ne pense pas qu’ils vont trop la « ramener ».
> Cela faisait quand même longtemps que les Verts n’étaient pas venus à Gerland en leader…
Oui, mais ce n’est pas la première fois non plus. Il y a d’autres fois, où c’était Lyon qui était largement devant. Il y a aussi eu des fois où les deux équipes étaient bien classées, d’autres où elles étaient mal classées. Il y a même eu des derbies en D2. En fait, il y a déjà eu toutes les configurations.
> Ou presque. Il n’y a jamais eu de finale de Coupe de France entre les deux équipes…
Effectivement, c’est vrai. Il n’y a jamais eu de derby en Coupe d’Europe non plus. Bientôt, qui sait ? Un Lyon - Saint-Etienne en Ligue des Champions, ce serait sympa, non ?
> Au fait, on se doute un peu de la réponse, mais vous serez à Gerland, samedi, pour la 100e ?
Bien sûr ! C’est mon match préféré, alors je serai stade, évidemment. En tribune de presse, donc en tribune neutre… encore que (sourire). Je l’avoue, je suis supporter lyonnais, mais je n’ai jamais détesté les Stéphanois. Je n’ai pas d’affinité particulière avec eux, mais je ne les déteste pas. J’ai même toujours observé leurs résultats d’assez près. Moi, je ne suis vraiment pas de ceux qui espèrent les voir descendre en L2. J’adore trop ce match ! Il s’y passe toujours quelque chose. Et celui de samedi, par exemple, présente tous les ingrédients. Il y a une vraie histoire, un vrai scénario avec Sainté qui vient en leader chez un Lyon mal en point. C’est top comme situation pour un derby. Alors, j’espère vraiment qu’il y en aura encore plein d’autres au-delà du 100e !
Note : retrouvez toutes les statistiques du derby sur:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Derby_Olympique_lyonnais_-_AS_Saint-%C3%89tienne
(1) « Nos ancêtres inventaient le cinéma quand vos pères crevaient dans la mine »
(2) Avec cette mention, sur une autre banderole : « La chasse est ouverte, tuez-les »
(3) Voir la vidéo ici : http://www.youtube.com/watch?v=WiV0kLcZYPo&feature=player_embedded#!
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Derby_Olympique_lyonnais_-_AS_Saint-%C3%89tienne#Bilan
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